LA CULTURE N’EST PAS UNE MARCHANDISE !

Publié le par Une internaute et un musicien libertaires

Tous les artistes, loin s’en faut, ne sont pas derrière la loi Hadopi. Ceux qui la soutiennent n’en représentent en réalité qu’une infime partie (4,4 % des inscrits à la SACEM)1. Cela contraste avec les 10.000 artistes égrenés tels les perles d’un chapelet par Mme la Ministre de la Culture ...

Une loi sur mesure pour les grandes Majors

Cette loi sensée favoriser la diffusion et la protection de la création sur Internet2, va-t-elle réellement protéger les artistes des internautes pilleurs ? Est ce réellement une loi contre le piratage ? Et qui sont les pirates ? En général, lorsqu’un disque est produit par une maison de disque (Universal, EMI, etc.), sur le prix de vente variant entre 15 et 20 euros, l’artiste ne touchera que 15 centimes par CD3 !


On voit nettement sur ce graphique4 que maisons de production et distributeurs touchent la majeure partie de la vente d’un CD. Donc si un CD est piraté par de criminels internautes, à qui cela va t’il nuire le plus ? Contrairement à ce que l’on nous dit, celà ne nuit pas principalement à l’artiste, mais bien aux Majors. On trouve là les véritables pilleurs et voleurs d’oeuvres artistiques. N’est ce pas ces dernières qui s’approprient sans scrupules les bénéfices du travail des artistes ?

La plupart des artistes ne pouvant vivre décemment des royalties versées par leurs producteurs, c’est bien grâce aux cachets de concerts et à la vente de leurs produits dérivés (T-shirt, affiches ... ) qu’ils peuvent subvenir à leur besoins.

Quel peut-être le public payant ces places de concert ? On ne peut nier qu’une grande partie de ce public est certainement composée de vilains internautes ayant découvert leurs compositions sur la toile, peut-être en téléchargeant des morceaux d’un album. On voit bien là qui soutient qui. Ce sont avant tout les auditeurs et les internautes qui permettent aux artistes d’être connus, entendus et de vivre de la musique.

Une loi liberticide

On a donc bien compris que cette loi n’est pas destinée à protéger les intérêts des artistes mais bien ceux des Majors et des distributeurs. Plus grave, cette loi en contradiction avec le droit européen (amendement Rocard-Bono), bafoue les droits fondamentaux de tous les citoyens internautes : négation de la présomption d’innocence, du droit à la défense, de la vie privée. Elle banalise des mesures d’exception destinées à la lutte contre le terrorisme (par la collecte de données personnelles). Tout cela parait bien excessif pour 15 centimes d’euros. Ne serait pas les prémisses d’une surveillance et d’un flicage de cet espace de liberté encore préservé qu’est le réseau des réseaux5?

Pour une culture libre, populaire et émancipatrice !

Si la loi Hadopi concernait vraiment les droits des artistes, la discussion au parlement aurait pu être l’occasion de proposer un véritable débat et une autre vision de la culture ; une culture populaire, émancipatrice, ouverte à tous et à toutes, entre autre via le système de licence libre (qui protège les artistes et permet le téléchargement gratuit ou non, ou encore le remix des morceaux). Il existe déjà des sites qui proposent ce système de distribution (Jamendo, cd1.com, pour ne citer que ces deux là).
De nombreux artistes autoproduits proposent déjà leurs oeuvres par ce biais : Nine Inch Nail (qui proposait son dernier album en téléchargement gratuit lequel etait le plus vendu sur le site amazon .fr en 2008), Dubamix (musique militante et gratuite), Radio Head, Drunksoul (révélé grâce à jamendo) et bien d’autres encore.


On aurait pu discuter aussi avec les artisans du secteur culturel (musiciens, réalisteurs...) d’ une licence globale ou une variante, le mécénat global6, l’ abonnement P2P. Mais quid des marges des Majors et des grands distributeurs (Fnac, Virgin) dans ce système ? Largement réduite, puisque c’est l’artiste qui distribue comme il le souhaite ses compositions pouvant rendre ses prix plus abordables pour le consommateur . On comprend mieux l’hostilité des majors du disque, le succès de telles initiatives marquerait la fin du contrôle sans partage qu’elles ont sur la distribution du disque.

Les artistes supporters de cette loi liberticide ne méritent pas l’obole perçue par leur vente de disques. A crier au vol, ils se sont trompés de coupable, ils ont oublié sans doute que le public peut faire mais aussi défaire. Le coupable n’est pas l’internaute mélomane, mais bien le système capitaliste à force de courir après les dividendes, les marges et à toute force de pressurer tout ce qui pourrait diminuer les profits qu’ils reversent généreusement à leurs actionnaires. Ils ont tous oublié, artistes, Majors, gouvernement, que pour acheter leur produit «culturel», le consommateur, il lui faut de l’argent dans les poches.

Sources :

1 http://www.laquadrature.net/fr/4.4-p.c.-des-artistes-sacem-soutiennent-lhadopi
2 http://www.laquadrature.net/files/projet-de-loi-olivennes-version-pre-conseil-etat.pdf
3 C’est le cas notamment pour le groupe Massilia Sound System http://www.laprovence.com/articles/2009/03/30/772758-Region-Telechargement-illegal-acheter-un-CD-c-est-devenu-comme-aller-a-la-messe.php
4 http://www.beewareblog.com/radiohead-une-nouvelle-ere-musicale.html
5 Voir l’article « Surveiller et punir internet » de André Gunthert « », paru dans le Monde Diplomatique du 12 mars 2009, consultable ici : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-03-12-Hadopi
6 http://mecenat-global.org/index-fr.html

Pour en savoir plus :

- Plus d’infos sur Hadopi : http://rezo.net/themes/hadopi
- Liens sur Hadopi : http://standblog.org/blog/post/2009/03/12/Quelques-liens-sur-Hadopi
- Contre argumentaire : http://www.laquadrature.net/files/LaQuadratureduNet_20090312_contre-argumentaire_groupe_UMP.pdf

Publié dans Hadopi

Commenter cet article

netlibertaire 09/02/2010 10:11


je te remercie pour ton commentaire, je trouve pour ma part qu'on entend peu, nos artistes s'exprimer sur ces lois liberticides qui n'ont que pour seul but de nuire à la liberté d'expression.
En aucun cas ces différentes lois sont envisagés pour leur bénéfices.
Et il faut qu'ils s'en rendent compte.On médiatise beaucoup les pros hadopistes, on connait tous la raison comme expliquée dans cette article.Tu as bien raison notre pouvoir et le boycott de cette
culture qu'on veut à toute force nous faire consommer, je partage tes méthodes, par contre le fait de voir les artistes en concert ne peut que les soutenir. Pour que la diversité culture puisse
vivre, il ne faut pas hésiter à aller en concert et acheter l'album du groupe s'il est mis à la vente sur place, tu soutiens directement le groupe sans intermédiaires qui s'en foutent plein les
poches sur le dos et des artistes et du consommateur:)


Laurent 04/02/2010 23:38


Avoir de l'argent, mais pas seulement, il faut aussi l'envie d'acheter. Pour ma part, depuis que je ne télécharge plus, je ne vais plus voir de concert car je ne découvre plus de nouveaux
artistes... Et je boycotte l'achat de disque au pris prohibitif. Notre seul pouvoir c'est celui de consommer ou ne pas consommer, et pour tuer les majors il ne faut plus leur donner à manger... Je
partage ton analyse, ces lois sont liberticides et ne sauverons en rien les artistes... :)