Creative Common la fin des majors, Dubian musicien pur #cc

Publié le par netlibertaire

l_a13c79856c744daa9a0ed74ca36e84e0.jpg

 

Dubian, artiste canadien, existe depuis fin 2004 sous ce pseudo. Il passe sa vie entre NYC et le Canada pour l'instant. Il a sorti une release auto-éditée en 2005 (sous le label Schizophonique) et en 2007 sous le label DUBBOMB qui ne sont malheureusement plus disponibles.

En 2006 et 2007, il effectue deux voyages artistiques pour des réunions et shows au Portugal. Dubearth découle du voyage de 2006 où il rentre en contact avec LorenzFactor à Lisbonne et 2007 la première fois que se retrouvent ensemble les acteurs principaux dans le projet avec Zoemer (Pays Bas).

 

 

Premier  set complétement  #cc en  live à NYC, le 19 Septembre 2010 au Cameo Gallery dans le quartier de Brooklyn. L'événement était organisé par la King Tubbys Heritage Dub Foundation de Washington DC.


Bien sur ce n'était pas un show #cc mais bien un set #cc dans le cadre d'une soirée bénéfice sans idéologie particulière en ce qui a trait au copyright copyleft, etc. Le choix de jouer un set entièrement #cc a été 100% le mien et j'avoue que c'est la première fois que je fais la sortie pour dire "yes i play only cc music". @dubian says

l_ce6b848f3e684b79927e56663707b4c1.jpg

 

l_7da2687dfe214ac2a1d2458d6231b85d.jpg

 

 

ENTRETIEN 

 

 

1 - Pourquoi as-tu basculé vers le CC (Creative Common) ?


C'est à la suite de mures réflexions sur le choix des outils pour créer de l'art. C'est pas parce que t'achètes un disque copyrighté que t'as le droit de le jouer. En théorie à cause de cela mes mixes ne m'appertenaient pas. Même si j'avais payé le disque et que j'y rajoutais de la plus-value en mixant, etc, on pouvait venir effectivement mettre fin à cela (de plus en plus probable que cela commence d'ailleurs), car en effet jouer un disque en public ou enregistrer un mixtape, c'est 100% hors la loi. C'est un peu le même dilemme auquel serait confronté les graphistes si on leur enlevait Photoshop. Ils sont formés dessus et ne savent pas fonctionner autrement. Un DJ qui se voit enlever le droit de jouer sa collection de musiques, c'est comme un graphiste privé de son Adobe du jour au lendemain, il est foutu.

 

 

2 - Le cc est-il une contrainte quant à ta créativité artistique ?

 

Pour mon processus créatif c'est génial, surtout quand je pense à toute la diversité de trucs auxquels j'ai été exposé depuis que je me suis mis à vraiment à creuser et à approcher la question en me disant qu'y'a tout un monde de possibilités pour faire découvrir de nouvelles sonorités.

Je dois dire qu'il y a des éléments qui me manquent depuis que j'ai complétement basculé en #cc mais je me fais un devoir de me donner en exemple comme DJ #cc. J'ai mis les deux pieds dedans et il faut respecter l'idéal, si je veux inspirer d'autres DJs, je ne peux pas flancher, je dois rester #cc.

C'est soit crever ou prouver qu'autre chose que les 10 tens sont possibles quand on anime un happening.

Jouer des succès c'est facile... Les gens sont conquis d'avance... Mais là mon trip, c'est de  faire découvrir de nouveaux sons, tisser des liens entre les artistes et un public potentiel auquel j'ai, par ma capacité de DJ, accès de temps à autre.

 

Mais y 'aura surement plein de fois ou je vais avoir envi de sortir des trucs copyrightés, pourtant je me sentirais incapable de les jouer, pas parce qu'ils sont pas bons mais par souci de montrer que ce n'est pas nécessaire.

 

 

3 - Quelles opinions ont sur le CC les majors et autres vautours du disque ?

 

J'ai l'impression que c'est vraiment comme le partage de fichiers l'était au début de Napster. Que c'est mignon mais que cela ne les affectera jamais. C'est un genre de snobisme qui de surcroit montre une incompréhension des motivations fondamentales du #cc.

 

 

4 - Tu ne comptes donc vivre que des royalties de tes concerts ?

Je pense qu'il y a aussi un potentiel énorme dans la vente de copies physiques d'œuvres #cc. Dans ce cas ce n'est pas la permission d'écouter la musique qu'on obtient mais bien un objet d'art qui pourrait se vendre bien moins cher que les 20$ habituels des majors, qui ont tellement d'intermédiaires à payer, qu'il reste à peu près rien pour l'artiste dans la vente d'un album. Faut pas se le cacher, la majorité des musiciens gagnent beaucoup plus de leurs concerts et de la vente de t-shirts, etc... (marchandises gugusses), donc c'est pas une approche nouvelle. Dans le fond, la majorité du monde doit pointer pour travailler et pour un musicien/DJ c'est comme se rendre au bureau, ta meilleur chance d'épater du monde, c'est toujours quand tu partages un espace-temps avec 50-100 personnes qui se défoncent dans la sueur et les basses. C'est vraiment dans cette transe commune que la musique devient vraiment libératrice et transformatrice.


5 - Quelles plateformes de distribution comptes-tu utiliser ?

 

Pour le moment Dubearth a un serveur à sa disposition mais le site a besoin d'être restructuré. Même si Dubearth en soit n'est pas un projet à contenus entièrement CC (on est plusieurs à s'être embarqué au fil des ans avec différentes préoccupations) et comme rien n'était clair dès le début, y'a énormément d'indés sans qu'ils soient spécifiquement #cc. Mon podcast Ark of Knowledge, lui, demeurera #cc.

 

Je pense que maintenant le défi pour le mouvement CC va être de mettre en place ses propres moyens de distribution physique. On ne peut rester virtuel qu'un certain temps. Il va falloir que les tribes de partout se rencontrent. On a tout un système de support à rattacher ensemble. Les morceaux sont là, isolés, il suffit de les combiner pour décupler leur rayon d'efficacité.

 

 

6 - Quel regard les artistes qui ne sont pas en #cc ont sur toi ?

 

Une fois qu'ils sont vraiment face à face avec la qualité du son, on en parle comme de toute bonne musique, on échange des liens. J'en connais qui par la suite m'ont recontacté pour filer des tuyaux sur des netreleases et j'ai même un pote, avec qui j'ai bien travaillé sur Dubearth, qui m'a confié qu'il préparait une compile à paraitre sur le netlabel OnDubGround, donc cela attire de moins en moins de looks bizarres. J'avais plus de regards bizarres quand j'en parlais avant. Les gens sont encore sceptiques et attendent de voir passer quelques chunes (tunes).

 

 

7 - Un artiste a-t'il vraiment intérêt à signer un contrat avec une major pour produire un disque selon toi (rapaces ceux là) ?

 

J'imagine que c'est bien pour certains artistes pour avoir un bon son, ils doivent investir beaucoup d'argent - je pense plutôt à des orchestres symphoniques qu'au top 10 produits sur un MPC (MIDI Production Center) dans une chambre à coucher et après masterisé pour une fortune par les majors. Le seul avantage est le budget de pub d'une major qui est énorme mais encore faut-il qu'ils décident que tu en vaux la peine. Dans le domaine on entend souvent parler de disques et de chansons dont les droits sur le master sont achetés par des majors simplement pour en bloquer la sortie (par exemple si un artiste qui risque d' avoir beaucoup de succès a un son un peu calqué sur un autre qui n'est pas aussi immédiatement vendable, on fait taire la production du second).

 

 

8 - Que penses-tu de la loi HADOPI sur la censure du net en France ? Quel impact ce genre de loi peut avoir quant à la découverte de jeunes artistes ?

 

Je pense que ce genre de loi, visiblement vouée à l'échec par l'incapacité des politiciens de même commencer à comprendre quels sont les vrais enjeux pour les artistes, sont plutôt inévitables. Y'a tout un mode de vie qui s'achève. Les civilisations en déclin tiennent beaucoup au cancer qui les bouffe. Le désir que tout le monde vive dans sa bulle avec une culture personnelle qui ne s'étend pas au delà de leur bibliothèque iTunes est partagé par nos dirigeants. Quand y'avait juste 2 ou 3 chaines télés c'était facile de contrôler son image, mais là que tout le monde peut, en théorie, rejoindre une foule de gens pour dénoncer leurs crocheries, Internet leur donne la frousse. Moi aussi j'en aurais peur à leur place, lol.

 

 

9 - Avez-vous au Québec le même genre de législation répressive et liberticide sur l'internet ?

 

Le Canada est en refonte de son code copyright où il avait entamé le processus. J'avouerais bien humblement que je n'ai pas grande idée où cela en est rendu. Cependant les lois en place actuellement sont, en comparaison avec les USA et la France, assez mollo. Mais je t'assure que cela se corse très rapidement. Comme d'habitude on emboitera le pas avec les US, c'est garantie, juste une question de temps (apparté l'ACTA et la COICA qui pointent leur nez).

 

 

10 - Que veux-tu dire aux jeunes et aux moins jeunes qui piratent de la musique, ton opinion là-dessus ?

 

Ah! Je pense que je risque de passer pour un petit vieux. Je dirais que le jeu n'en vaut pas la chandelle (le risque vaut pas le gain). C'est certain que j'ai pas de grands sermons à faire car je l'ai déjà fait. Y'a beaucoup de pressions sur les gens pour s'habiller de telle ou telle façon, pour regarder les mêmes films, écouter les mêmes musiques. Pour moi cela m'importe souvent peu qu'avant de me connaître, les gens ne connaissent rien de ce que je joue. Pour moi c'est cela la mission du DJ, faire découvrir du son et de coudre ensemble des morceaux disparates pour en faire une expression qui dépasse la somme de ses parties. Quand les gens se sentiront moins seuls à écouter du CC, car on leur aura fourni une structure pour remplacer celle mise en place par les majors, alors on verra plus de gens faire le saut vers le contenu libre.

 

 

 

Voilà @netlibertaire make an interview of @dubian, super rencontre sur @twitter, qui m'a permis de lui poser des tas questions et il s'y est prêté avec gentillessse, je l'en remercie. Je t'invite à le suivre, les gueux et les gueuses, et à visiter son site dubearth où tu pourras soit écouter ses postcasts soit les télécharger. Tu vas pas t'ennuyer avec ce genre de gars et t'auras toujours du bon son dans tes z'oreilles et tu soutiendras le mouvement #cc. Que du bon quoi.

 

http://www.dubearth.com/fodastech/wp-content/uploads/Ark_of_knowledge.gif

Publié dans Musiciens

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article