Hadopi 2, La Société Elle a Mauvaise Haleine. Si, si.

Publié le par Une internaute libertaire

La loi Hadopi 2 a finalement été adoptée, validée par le conseil constitutionnelle, malgré la censure de l'article 6.II concernant la réparation financière de l'artiste. Dans le cas hypothétique où un malheureux internaute se ferait pécho en train de télécharger le dernier Johnny Hallyday, il aurait du subir une sorte de double peine, en plus de se faire couper sa connection internet.

Cette loi n'est qu'une machine de guerre pour désinformer et culpabiliser l'internaute. Ce n'est pas le téléchargement en soi qui est un délit mais la nature des données que l'on télécharge.

Il existe plétore de groupes et de labels hors des circuits classiques, qui proposent leurs oeuvres en téléchargement libre. J'en citerais quelques-uns dans l'article à titre d'exemple.

Je le rappelle, la grande majorité des groupes célèbres ou inconnus ne vivent pas des ventes de disques, touchant à peine 15 centimes par CD, mais des cachets de concert (voir article précédent sur ce site).

Exemple concret pour appuyer ma thèse, suite à une discusion avec un artiste indépendant, Dubamix pour ne pas le citer, j'apprends que le coût réel de fabrication de son disque est de 0.75 euros (il s'est démerdé pour la fabrication).
Il décide de le placer chez un grand distributeur ayant pignon sur rue au prix maximum de 10 euros. Ce grand distributeur rétribue l'artiste 4 euros pour simplement le mettre en rayon. L'artiste touchera donc 4 euros par CD vendu et le distributeur récoltera 6 euros. L'artiste refuse, se sentant lésé, estimant aussi que le consommateur sera floué (son futur public aux concerts), et préfére distribuer son album à un prix libre en dehors du système classique.

C'est une des raisons pour laquelle, à l'heure actuelle, il est difficile de trouver certains groupes en rayon. Et que l'on ne me rétorque pas, les gueux et les gueuses, que le probléme principal est le salaire mirobolant généreusement octroyé aux personnels ou les exorbitantes cotisations sociales. S'il le faut, ces entreprises vireront sans ménagement les poids morts pour garantir la rentabilité attendue par les gros actionnaires, c'est à dire ceux qui vivent de l'action des autres, tyrans modernes à qui tout doit être sacrifié.

Je prendrais comme exemple d'une autre manière de fonctionner le label libre Chabane's Records qui distribue, via des plateformes de téléchargements, l'ensemble de son catalogue. Ce label représente un peu le prolétariat de la musique en quelque sorte. Précision, ses musiciens ne sont pas inscrit à la SACEM, qui est le syndicat des artistes.

On voit bien qu'Hadopi n'a pas pour but la protection des artistes, comme on nous la claironné depuis la décision de mise en place de cette loi liberticide, mais représente bien les intérêts de quelques grands groupes financiers et industriels, qui peinent face à l'avancée des nouvelles technologies de l'information. Ce qui compte avant tout, c'est de mettre au pas internet, ce média trop libre aux yeux du gouvernement et des détenteurs traditionnels de l'autorité dont la parole se voit courcircuité par n'importe quel citoyen : internet est la pire des saloperie jamais inventée, véhicule du journalisme poubelle, ... et autres opinions autorisées qui ont émaillé l'actualité de ces dernières semaines.

Maintenant pour produire un disque, il faut principalement être connu avant même d'être écouté. On le voit avec les émissions qui pululent à la télé, de la Star'ac à la nouvelle Star. Les Majors veulent s'assurer que leurs poulains seront vendus et ainsi immédiatement rentables. Les maisons de disques ne prennent plus aucun risque et cela depuis des années, bien avant que la crise du disque n'investissent les journaux ou qu'on pointe la responsabilité imaginaire d'internet et des vilains pirates qui y sévissent, nous tous, les gueux et les gueuses.

Les Majors assujettissent de cette manière les artistes, qui n'ont plus le temps de se fidéliser un public, les concerts servant de lieu de rencontres et d'échanges entre un auditoire et des musiciens. Dans ce système, ce n'est pas la production indépendante qui a peur d'internet, souffrant davantage de la concurrence inégale des Majors et de sa sous-représentation dans les médias traditionnels, mais bien les artistes connus et les industriels de la variété qui se sentent lésés. L'intérêt de la grande majorité des musiciens est d'être écouté et apprécié d'un public potentiel le plus large possible.
Le téléchargement libre devient donc pour eux une opportunité pour cette rencontre, le passage en radio étant devenu difficile, surtout sur les grandes ondes, qui exigent des "valeurs" sures et ne sont plus là pour faire découvrir tel ou tel musicien ou chanteur en devenir, mais ne font plus que du matraquage et de la promotion d'artistes à gros tirage et à forte plus value.
Du coup, la création et la diversité payent le prix fort, puisque l'on n'entend et ne voit plus que de vulgaires clones, se copiant les uns les autres sans innovation (voir au niveau du rap américain et du R&B (perso, je suis incapable de différencier tel ou tel chanteur(se) à la mode de son confrère(soeur))).

Il existe une poche de résistance à cette réalité. Elle vient des labels indépendants et des productions à compte d'auteur, pas du tout entendus par le grand public et ignorés des médias classiques. Il n'est que temps pour l'internaute de se libérer du joug des gros labels qui ne font que maltraiter et culpabiliser leurs propres consommateurs.

L'argent étant le nerf de la guerre, il faut appuyer là ou ça fait mal et boycotter les distributeurs et les artistes qui ont soutenu cette loi inique et liberticide pour soutenir en masse la résistance. C'est à dire les artistes et labels opposés à Hadopi. Perso, je pratique depuis pas mal d'années, et je ne m'en porte pas plus mal, ainsi que mes oreilles et ce qu'il y a entre, les gueux et les gueuses.

De plus, pour parler de propriété, les utilisateurs de compositions intellectuelles en général se voient accorder de nouveaux droits sous la forme de la Licence libre ou la Licence ouverte, la Musique libre qui permettent aux artistes de mêler et de partager leurs créations. Et c'est là que le bas blesse, la propriété est l'un des socles de nos démocraties occidentales. Le partage a trop le relent de collectivisme bolchévique pour satisfaire notre système économique basé sur la rentabilité à tout les étages et l'exploitation sous toutes ses formes.

On l'a vu avec l'allongement de la durée des droits patrimoniaux des artistes-interprètes qui est passé de 50 ans à 95 ans pour satisfaire des chanteurs veillissants, tel hallyday, toujours lui, qui aurait vu une partie de son catalogue passer dans le domaine public en 2011. Aussitôt rectifié par le gouvernement. Ou encore avec le cafouillage des DRM qui brident le bien acquis par le consommateur, concept inique finalement abandonné.

Il n'est pas anodin de remarquer que le prix nobel d'économie 2009, Elinor Ostrom, est justement une économiste qui travaille sur le bien commun, domaine en plein essor en France et ailleurs, surtout dans le domaine de la production informatique, comme le démontre la licence GPL, permettant de produire des logiciels ouverts et modifiables à souhait, plus surs en terme de sécurité.

Les grands perdants de cette orientation politique de la culture sont donc les artistes et leurs publics, mis dos à dos par cette épée de damoclès qu'est Hadopi. Le système économique tel qu'il se présente de nos jours n'est pas adapté à la musique, parce que la culture n'est pas une marchandise, mais un bien qui se partage, comme on prête un livre pour en faire découvrir l'auteur. A qui viendrait l'idée de fermer les bibliothèques municipales ?

C'est à nous, public, de résister et de nous organiser pour démontrer que cette loi est absurde et inefficace.

Entrons en résistance, les gueux et les gueuses.

En bonus, je vous propose La Société Elle a Mauvaise Haleine (et ça pue vraiment) en téléchargement ici ou directement sur leur site.

Publié dans Hadopi

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netlibertaire 09/02/2010 16:52


Très en retard pour la réponse et je m'en excuse, je te remercie de ton commentaire jojolafrite et des infos que tu apportes pour étayer cette réflexion sur hadopi et ses amis, effectivement
l'industrie musicale ne cesse de pleurer dès qu'arrive une innovation technologique comme tu l'as très bien expliquer. Tout est fait que le conso crache qu bassinet, et plus personne ne s'y
retrouve finalement dans ce système. Un peu d'histoire est toujours la bienvenue pour démontrer la bêtise. (Je m'excuse encore du retard de la réponse déjà je suis bien étonnée d'être lu finalement
et qu'on poste des commentaires aussi savant m'impressionne)
bien à toi :)


jojolafrite 29/11/2009 17:11


Mon avis sur la question du "piratage" ... d'ailleurs on a tord de se faire traité de pirates alors que nous ne sommes qu'auditeurs...


Je m'était amusé a remonter dans l'histoire de la musique (malheureusement je n'ai pas les documents là tout prés).
Les producteurs étaient déjà en train de chialer avant 1981 avec l'ouverture de la bande FM ("ouin , mais les gens il vont faire rien qu'a écouter la radio au lieu d'acheter nos disques"" voir
http://fr.wikipedia.org/wiki/Radio_Caroline).
Avant ça ils cherchaient a ce que la radio ne diffuse PAS, du tout, leurs disques. voir les lois qui imposaient que les morceaux ne soient pas diffusés plus de 2 fois dans la semaine ("ouin, sinon
les gens il aurons rien qu'a mettre la radio pour écouter un tube au lieu de m'acheter des 45t"). Comment ils s'étaient bien plantés la gueule, quand on voit maintenant NRJ dont l'ensemble de la
play-liste mensuelle tient en 120 minutes, et tous les producteurs qui se battent pour en faire parti.
je remonte encore dans le temps. les producteurs avaient gueulé à la l'apparition des premier phonographe ("ouin, les gens ils vont faire rien qu'a écouter des disques chez eux et plus venir aux
concerts chez moi")...
Ils se sont toujours plantés. Aujourd'hui ils en sont à "ouin les gens ils vont rien qu'a faire qu'a télécharger". encore la même rengaine, encore le même refrain.
L'industrie de la musique est une industrie historiquement frileuse, rétrograde et absolument technophobe depuis ses origines. Il s'agit de cesser une bonne foi pour toute de les écouter.

Et puis ho, quoi?! Quand d'un coté j'achète un lecteur mp3 Sony, une platine divx Sony, un pc Vayo Sony et que Sony musique viens me pleurer sur l'épaule pour un cd que je lui aurais pas acheté, ça
me fait bizarre.
Quand d'un coté j'achète une connexion internet SFR et que de l'autre coté Universal Music vient pleurer sur mon épaule alors qu'ils appartiennent tous les deux au groupe Universal, ça me fait
bizarre.
Si on a pas le droit d'utiliser leur matériel, prions les de cesser d'être hypocrites et de ne cesser de nous le vendre.

des liens pour étoffer un peut mon commentaire :

http://paris70.free.fr/radios.htm donne un panorama intéressant des radios libre entre 78 et 81 a paris.

et a propos des droits d’auteurs au début du XXeme siècle
http://www.delabelleepoqueauxanneesfolles.com/Droitsdauteurs.htm