k-trième dimension, Le rap n’est pas une marchandise

Publié le par netlibertaire

K-trième dimension :  le rap qui nourrit ton esprit

 

 

Bavardage avec Nellio, de k-trième dimension. Des ruelles de Carouge au rap subversif qui déchire. Vous trouvez leurs sons sur leur site "...tout est en libre téléchargement. Le rap n’est pas une marchandise"

Le Réveil : - Où et comment êtes-vous entrés dans la K-trième dimension ?

Alors, les routes de la K-trième dimension sont multiples pour chaque personne. Moi, j’ai commencé par la musique en elle-même, j’ai forgé ma vision politique en écoutant du rap, c’est la musique qui m’a amené à la politique ! Dans les années 1990, j’écoutais NTM, IAM et puis Assassin aussi, du coup, j’ai découvert des trucs quand j’avais dix ans, comme ça, je ne savais même pas ce que c’était, l’extrême-droite. Après, quand j’avais 16, 17 ans, j’ai commencé à réfléchir un peu plus et j’ai réussi à mettre ça en lien avec ma vision du monde. J’ai commencé à découvrir plein de trucs, aussi des trucs orientaux comme le bouddhisme, j’arrivais à voir une cohérence entre des choses purement spirituelles, qui sont anti-matérialistes, et puis que les problèmes politiques, ça se ramène pas mal à des problèmes de matérialisme.
Le capitalisme, c’est le règne de l’argent, de la matière. Le monde matérialiste, c’est ce qui a causé tant de souffrances, c’est le monde à trois dimensions qui repère tout par rapport à la position, mais si tu arrives à te détacher du matérialisme, tu te rends compte que les gens veulent changer le monde en agissant sur la matière, en essayant de prendre le pouvoir, ils construisent des armées, mais tu peux agir autant que tu veux avec des choses matérielles et ça va jamais t’amener le bonheur. Pour vraiment trouver la solution à tous ces problèmes, il faut plus chercher à l’intérieur, pas être plus riches ou avoir plus d’armes, mais aussi se changer soi-même, c’est-à-dire aller chercher autre chose que dans le monde matérialiste, aller vers la quatrième dimension.

Au début, quand on a commencé, les premiers membres de la K-trième dimension, c’était Dam’s, Marash et moi. On a commencé à rapper ensemble vers 97, 98, 99. Au début, c’était plus un truc pour se marrer ! Après, en 2004, il y a eu Ludo qui est arrivé dans le groupe. En fait, moi, je voulais déjà faire des trucs plus conscients, mais c’est vrai qu’avec Ludo, on a commencé pas mal à discuter et c’est là qu’on a plus forgé le style du groupe. On a fait plus de discussions politiques et on a décidé de faire du rap contestataire. En 2009, on a connu des français du 74 minutes collectif, un des leurs membres travaillait au même endroit que Dam’s. Du coup, on a commencé à s’échanger des sons et puis, on s’est chopés une fois, on a fait un petit morceau ensemble. On s’entendait bien et on est vite devenus potes. C’est vrai qu’on a des styles assez proches. Nous, on est un peu plus axés sur le côté politique, eux, un peu moins, mais on s’entend bien. On a pas vraiment de noms ensemble, on fait des jeux de mots, comme quoi on s’appelait 7-K-trième.

 

Le Réveil : - Vous faites du rap depuis les années 90, vous pourriez avoir plein de bagnoles et de chaînes en or. Pourquoi s’acharner à faire du rap subversif au cœur du pays des banques ? Autrement dit : qu’est-ce que c’est, le rap, pour vous ?

Ah, ouais. Ça, c’est important, avant de répondre, je veux dire un truc. C’est vrai qu’il y a pas mal de trucs à dire par rapport à la Suisse. Il y a des gens qui veulent imiter d’autres styles de rap et puis, ils essayent de se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas. Ils disent, c’est un pays riche, du coup, ils jouent sur l’image de la richesse, ils font du rap purement matérialiste. Et c’est vrai que dans un sens on pourrait se dire, en Suisse, ça peut être plus difficile de faire du rap conscient. Mais moi, je trouve, franchement, on est au cœur du problème, on est dans le pays des banques, c’est justement le pays où il faut réfléchir politiquement.

Moi, j’ai jamais été attiré par les chaînes en or. C’est lourd, ça t’attire vers le sol, vers les choses matérielles. Les choses matérielles, elles ont un poids, et il t’empêche de voler. Alors que, si t’enlèves ta chaîne en or, tu peux te redresser déjà, tu vois plus loin. Et t’es plus léger, tu peux courir plus vite. Pour moi, c’est naturel. Et surtout, la Suisse, c’est le pays où il faut faire du rap politique, c’est comme si t’étais dans le cerveau du monstre, c’est là qu’il faut agir, si t’es à ses pieds, tu te fais écraser. En même temps, le rap, c’est aussi de la musique, il faut se faire plaisir. Mais si c’est juste pour faire du son, tu te fais chier, il faut faire une symbiose. C’est de l’art, dans l’art, il y a toujours plusieurs dimensions, plusieurs aspects.

 

Le Réveil : - Quelles sont tes sources d’inspiration ? On a vu les livres sur le site...

Oui, ça c’est les livres qui m’ont particulièrement marqué. Après, il y en a évidemment d’autres qui m’ont marqué. Mais il n’y a pas que les livres, il y a aussi le monde, en regardant les informations...Bon, maintenant, je ne les regarde quasiment plus, ça me saoule, parce que je sais déjà ce qui va se passer, ça se répète, c’est toujours la même chose. Le monde, c’est une source d’inspiration en soi. Après, il y a quelques années, un truc qui m’a inspiré, c’est les rastas, il y a des parallèles à faire.

 

Le Réveil : - L’imaginaire dans vos morceaux est fascinant et très chargé. Vous empruntez notamment l’image de Babylone en feu. Pourrais-tu nous dire qu’est-ce que cela symbolise pour toi ?

Babylone, c’est justement le règne du matérialisme. Dans la Bible, il y a plusieurs aspects, il y a la tour de Babel et l’exode des juifs à Babylone. Ce sont deux aspects différents, mais qui se rejoignent. Les gens veulent construire la tour pour essayer d’être plus haut matériellement. Mais le sage est beaucoup plus haut que le soldat qui construit sa tour.
C’est donc de nouveau la même chose, Babylone, c’est le monde à trois dimensions, le monde matérialiste. Quand t’es dans une logique matérialiste, le seul moyen d’être libre, c’est de dominer les autres. Dans un monde matérialiste, on ne peut pas être tous libres, il n’y a pas de la place pour tout le monde. Quand on prend du recul, on se rend compte qu’il y a tout un tas d’autres mondes parallèles qui sont possibles. La quatrième dimension, c’est l’échelle au monde parallèle. Et quand tu n’es plus dans cette logique matérialiste, il y a de la place pour tout le monde, il n’y a plus besoin de dominer les autres pour être libre. On peut être libres tous ensemble. Et c’est ça, la vraie liberté, celle qu’on a tous ensemble. Je crois que c’est Bakounine qui a dit que c’est faux que la liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres, en fait, on est tous libres ensemble. Alors, Babylone c’est, à plusieurs époques, à plusieurs endroits du monde, un règne matérialiste qui se forme, qui devient très puissant, mais il ne peut jamais contrôler les esprits. Babylone, c’est un mot qui permet d’exprimer beaucoup de choses, le capitalisme, l’empire, tout ça. Et c’est les rastas qui lui ont donné un sens particulièrement puissant.

 

 

Le Réveil : - En écoutant vos textes, on sent un engagement politique très fort. Où tu te situes politiquement et quelle influence ça a sur ta musique ? Un blog vous qualifie de « rap situationniste », à juste titre ?

Moi, je n’aime pas du tout les mots en -iste. Par exemple, je me suis jamais dit anarchiste. J’écris des textes où je dis ce que je pense et après, je me suis trouvé tout le temps en contact avec des anarchistes. Peut-être je suis anarchiste, je ne sais pas. J’ai des potes anarchistes qui le disent. Je n’aime pas m’enfermer dans des mots, je préfère être libre. Le situationnisme aussi...C’est vrai que j’aime bien Guy Debord, c’est un truc m’a marqué. C’est pas nous, c’est le gars qui l’avait dit, on a dit que l’on n’était pas situationniste. Mais si lui, il trouve, ça ne me dérange pas. Un mot c’est un mot, on peut l’utiliser, il ne faut pas non plus avoir peur des mots, mais je n’ai pas non plus envie de m’attacher à un mot. Mon « combat politique » – bon, je ne sais pas si c’est un combat –, ma démarche politique ne se résume pas à un mouvement ou à un dogme. Je veux garder la totale liberté d’esprit et si les autres veulent me définir...

Ce qui m’intéresse, c’est être libre.
Il y a des moments de la vie qui sont puissants, au-delà de toute réflexion purement théorique. Quand tu les a vécus, t’as envie de les revivre, d’essayer de chercher les conditions pouvant provoquer cette liberté. Je pense que c’est la démarche des situationnistes aussi. Mais le livre qui le résume le mieux, c’est TAZ de Hakim Bey. Lui, il évite tous les dogmes, le but du livre c’est de montrer comment trouver ces petits moments de liberté. Parfois, on ne se rend même pas compte, mais il sont là et aucun pouvoir ne peut les détruire. C’est ça, la vraie révolution, au lieu de vouloir tout de suite attaquer la tête de Babylone, la tête de la bête. En théorie, elle contrôle tout le monde, mais là, par exemple, il n’y a pas de flics, on est libres

 

Le Réveil : - Qu’est-ce que tu penses de la scène suisse et du rap francophone en général ?

Évidemment, il y a beaucoup de trucs extrêmement matérialistes. On est pourtant à la merci des médias. C’est vrai que, naturellement, dès que ça dépasse un peu le quartier ou la ville, c’est difficile. On est beaucoup plus en contact avec les artistes extrêmement médiatiques qui sont forcément matérialistes. Mais si l’on cherche un peu, il y a des bons groupes ! Ce que j’en pense, c’est ni c’est bon, ni c’est mauvais, par contre, je n’aime pas ceux qui disent que le rap est mort. Ce n’est pas vrai, le rap est vivant ! C’est clair que c’est toujours un peu à cheval, il y a des choses qui font que le rap part en couilles. Il y a plein de groupes qui étaient excellents pendant longtemps et qui font de la merde aujourd’hui. Après, voilà, c’est la vie ! Parfois, on découvre aussi des petits groupes et ça fait plaisir ! En tous cas, il y a des bons trucs.

Le Réveil : - Vous mettez vos morceaux en téléchargement gratuit. Rien de bon à attendre de l’industrie du disque ?

On a fait ça sans même trop réfléchir théoriquement. On est réalistes, on n’a pas les moyens de vivre de notre musique, en tout cas pas à court terme. On ne sait pas trop comment faire pour gagner assez de thunes. De toute façon, on est obligés de travailler à côté pour se faire de l’argent. Bon, je n’ai pas un train de vie luxueux, l’argent que j’ai, ça me suffit, donc autant filer les sons ! Et ça se diffuse beaucoup mieux comme ça. Tout le monde qui rappe depuis deux, trois ans, ils font leur disque, ils essayent de le vendre, le marché, il est saturé. Je n’ai pas envie d’arriver après tous ces gars avec mon disque, genre « Excuse-moi, tu ne veux pas me l’acheter ? » Je vais me faire envoyer chier parce qu’il y a eu vingt avant moi qui ont fait la même chose. En plus, il y a beaucoup de gens qui n’aiment pas mon style. Je n’essaie pas non plus de faire un truc grand public, et si tu veux faire des thunes, c’est ce qu’il faut faire.

Le Réveil : - Qu’est-ce que tu penses de l’Internet ?

C’est une arme à double tranchant. D’un côté, ça m’a permis de diffuser ma musique quand je ne faisais pas encore trop de concerts, de l’autre, il ne faut pas non plus devenir dépendant de l’Internet. C’est comme la révolution Facebook... Là, ce n’est pas Facebook qui va nous aider. Facebook, myspace, tout ça, ça ne m’intéresse pas, je suis sur aucun de ces trucs. J’ai mon site, je contrôle bien le truc et je diffuse, voilà ! La liberté, elle est dans la vie réelle. C’est un truc concret, ce n’est pas la cyber-liberté, ce n’est pas aller sur des sites de partout. Quand tu vas sur un site venant de l’autre bout du monde, tu restes dans ta chambre. C’est pas ça, la vraie liberté, mais ça permet quand même de diffuser des idées et concrètement, c’est aussi comme ça que l’on s’est donnés rendez-vous par exemple.

Le Réveil : - Genève, c’était mieux avant ?

Ah, non, ça je n’aime pas, j’ai vu les autocollants. Je n’aime pas tout ce qui est effet de mode. Je n’aime pas vivre dans le passé et je pense que ça n’a aucun sens.

Le Réveil : - Mais la vie culturelle genevoise s’est dégradée quand même, non ?

Bien sûr, il y a plein de trucs qui ont fermé, mais je n’aime pas la nostalgie. Peut-être c’était mieux avant, mais il ne faut pas s’arrêter là. C’est clair que l’histoire des squats ou la situation à l’usine, ça pose des problèmes. Je me dis pourtant, quand ça part en couilles, j’en fais des morceaux pour en faire quelque chose de positif.

Le Réveil : - Est-ce que tu vois un lien entre l’anarchisme, les quartiers populaires et le rap ?

Pour l’instant, c’est encore deux mondes qui s’ignorent. J’essaie de faire un truc qui soit à la fois l’un et l’autre et je ne suis pas le seul, il y a de plus en plus de liens qui se créent, de plus en plus de gens qui sont à cheval entre ces deux mondes. J’aimerais qu’il y ait une convergence, tout en ne me faisant pas d’illusions, il y a beaucoup de méfiance réciproque. Quand une révolte ne vient que de la frustration, elle ne construit rien et il y a beaucoup de révoltes qui viennent de la frustration. Espérons qu’il y aura une convergence par la suite.


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k-trieme-dimension.jpgsource : le réveil

 

Le réveil excellent et tout nouveau  indymédia suisse  que je ne saurais que trop vous conseiller, les gueux et les gueuses, et surtout d'y participer, d'y envoyer vos infos , de contribuer.

Craches ton encre comme ils disent ici .

Leur site est très bien conçu, j'aime beaucoup le design, l'interface, le choix de la police pour les titres, on peut y poster des photos, des images ( les formats accéptés sont gif, png et jpg mais ne doivent pas excéder 256 kb),  la modération est bonne, y a pas nawak comme sur certains sites yndimédia. Intéressant à souligner la partie dépêche, pour poster des infos courtes et concises. J'ai testé ça pour vous depuis un petit moment. Bref excellent, ça change de l'austérité de nos sites francophones. Un site intelligent et bien gérer et si en plus ils nous proposent du bon son en téléchargement libre que dire d'autre qu'ils méritent la palme de l'indy. La Suisse et le réveil, le journal de la  nébuleuse autonome romande vont révolutionner l'image de l'indy, bienvenue à eux.

 


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