Les putes, les pros sexe, les abolitionnistes et le capitalisme

Publié le par netlibertaire

Mutantes Féminisme porno punk, un documentaire de Virginie Despentes (FR, 2009, 1h30).

 

Né aux Etats-Unis dans les années 80, le féminisme pro-sexe, contrairement au féminisme abolitioniste, affirme que la représentation des corps et des plaisirs sont des domaines qui doivent être investis par les femmes et les minorités sexuelles, que la pornographie ne doit pas être soumise au contrôle de l’état patriarcal et demande la légalisation du travail sexuel. Les travailleuses sexuelles, les actrices porno, les strip-teaseuses, les lesbiennes ont commencé à s’exprimer et à construire un discours sur elles mêmes, produisant une nouvelle culture.
 
Constitué d’une vingtaine d’entretiens réalisés aux Etats-Unis, en France et en Espagne, Mutantes donne la parole aux pionnières, artistes et activistes, qui ont marqué l'histoire du mouvement pro-sexe et post-pornographique mais aussi aux héritières.

Phrase culte "La différence entre la pornographie et l'érotisme, c'est l'éclairage."


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Dans une société idéale, on imagine bien que la prostitution n'existerait pas et ne serait même pas envisagée.

Mais notre société est régie par le diktat de la pensée unique capitaliste et néolibérale, point de salut en dehors du marché.

La prostitution n'est qu'un marché et les putes une marchandise rentable, une industrie comme une autre en somme, avec un chiffre d'affaire mondial annuel estimé pour sa partie visible à 60 milliard de dollars.

La pornographie est un marché florissant, coté en bourse pour certaines multinationnales et donc considérée comme une ressource vitale dans certains pays, ainsi que ses revenus en perpétuel progression.

Le systéme néo-libéral ne se pose pas de question de morale, ni d'atteinte à la dignité humaine, il pense en chiffre, en dollars. On estime à 10 % du PIB la part de l'industrie du sexe au USA (pourtant un des pays les plus puritains et prompt à la censure) par exemple, so what the fuck.

De plus avec la mondialisation, ce « secteur industriel » ne fait qu'augmenter .

Cet argument n'est jamais soulevé que ce soit par les pros sexe qui ont dans l'ensemble une approche néo-libéral du travail du sexe, une vision normative « c'est un métier comme un autre » ou par les abolitionnistes qui n'analysent la prostitution que sous le prisme de l'atteinte à la dignité de la femme.

Le capitalisme se sert sans cesse du corps et de la sexualité pour vendre ses produits, dénoncé sans relache par les associations féministes ou associations de catholiques intégristes.

Mais elles (les associations féministes, les cathos n'ayant pas les mêmes objectifs) ne vont jamais jusqu'au bout et ne dénoncent pas le système capitaliste et la marchandisation totale de la planète et du vivant, corps y compris.

Donc cela ne peut mener qu'à un harcèlement vain et incessant à coup de grandes campagnes de sensibilisation, rien de bien méchant. Cela n'égratigne en rien la morale indutrielle et capitaliste puisqu'elle en est dépourvue et même bien souvent génère de la pub pour tel ou tel produit en y ajoutant une touche sulfureuse, puisque sous le coup d'un interdit et cela sans rien avoir à débourser.

 

Les capitalistes sont toujours très doués pour retourner la situation à leur avantage.

Ça fait le buzz sur internet et ça fait vendre, voilà la finalité de ces campagnes. Et l'industrie du luxe est certainement à la pointe pour ce genre de dérapage calculé.

Les abolitionnistes ne veulent en réalité que moraliser le système capitaliste, sans jamais le remettre en cause.

Les pros sexe quant à elles veulent peser sur l'industrie du sexe patriarcal comme le dit dans le doc, Les mutantes, Lynn breedlove et d'autres réalisatrices de porno.

Dans un cas comme dans l'autre, les grandes perdantes seront finalement les femmes.

Je ne suis ni pour ni contre la prostitution, que certaines revendiquent ce choix d'activité, et si elles ont eu réellement la possibilité de faire ce choix en conscience et librement et si elle s'y épanouissent, grand bien leur fasse.

La première partie du doc Les mutantes est d'ailleurs fort intéressante avec l'intervention d'Annie Sprinkle qui dévictimise son activité et fait un travail de déculpabilisation ou encore Norma Jean Almodovar, ex flic devenue pute, avec cette réflexion pleine de bon sens  « La violence conjugale est un immense problème dans le monde entier mais personne ne propose de supprimer le mariage ».  Mais aussi l'intervention d'une jeune prostituée noire qui dénonce du bout des lèvres, la différence des tarifs entre pute white et pute black, dans la rubrique vite dit.

Les abolitionnistes ont une vision castratrice du féminisme et nient la réalité bien terre à terre et toute humaine de la prostitution : la misère sexuelle du client, du mâle, qui bien souvent si il est client de prostituées, c'est qu'il n'a pas d'autres solutions pour assouvir ses pulsions sexuelles, que par l'intermédiaire de ces dernières (sans aborder le sujet délicat du handicap). Si certaines femmes se portent volontaire pourquoi pas.

Avec le projet de loi de pénalisation des clients, le gouvernement souhaite-t'il réellement protéger les victimes de la prostitution ? J'en doute.

On a affaire ici à une vision capitaliste de ce marché, d'abord pénaliser l'offre avec le délit de racolage et maintenant c'est la demande qu'il souhaite pénaliser.

La prostitution est légale en France, ce n'est que son exploitation et le raccolage qui sont interdits.

Ce projet englobe toute la prostitution volontaire et forcée. C'est bien souvent cette dernière qui est la plus médiatisée, pour convaincre du bien-fondé de la démarche législative. Et ommet bien souvent d'évoquer la misère qui pousse les individus à se prostituer.

Sans doute certaines se rassurent en affichant un militantisme exacerbé pour le droit de disposer de leur corps librement, mais en réalité, la société capitaliste ne leur laisse pas trop le choix. C'est ça ou caissière au Lidl, avec de la chance. Mais si pour une partie, c'est un vrai choix, qu'elles assument, qu'on leur laisse cette liberté.

Le gouvernement ne s'attaque nullement au vrai problême de la traite humaine, qui est par contre bien gerbant, abominations, avec son corollaire, les camps d'abattages, le viol, l'esclavage et l'exploitation sexuellle des êtres humains. Les mafieux, le gouvernement leur fout la paix royal. Rien pour eux, là dedans, que les putes et leurs clients.

Pour faire passer une loi qui en réalité se tape complétement de la dignité de la femme, mais dont le but est juste de nettoyer au karcher certains quartiers pour contenter un électorat toujours plus réactionnaire.

La réalité est ailleurs, si il s'agissait vraiment de protéger la femme de l'exploitation du mâle. La prostitution serait purement et simplement interdite et pas seulement son exploitation. Mais alors il irait à l'encontre de sa doctrine néo-libéral et de sa sacro-sainte loi du marché.

Et si le gouvernement se souciait vraiment de la condition de la femme dans nos sociétés modernes, il interdirait de facto le mariage, institution moyennageuse.

L'endroit le plus mortel pour une femme, c'est et restera toujours son domicile et le mari qui va avec (rien qu'en France plus de 2 millions de femmes sont victimes de violence conjugales et plus de 400 femmes meurent chaque année sous les coups de leur conjoint). Alors que la prostitution selon les derniers chiffres ne concernerait que 18 à 20 000 personnes en France (chiffre sous estimé selon le STRASS).

De plus, ce ne sont pas toutes les catégories de putes qui sont visées par cette loi. Les « escorts girls », le gratin de la prostitution de luxe qui a ses entrées dans les grands hôtels parisiens et un carnet d'adresse à faire palir d'envie un politique, et finissent bien souvent en une des magazines ne sont absolument pas concernées, leur pratique de la prostitution n'étant pas la même.


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Mais la population la plus fragile et la plus pauvre, celle qui arpente le pavé, la nuit, et le client c'est le pékin, le prolo.


Le but de cette mesure en réalité, c'est de virer les putes des centres villes et les envoyer exercer leur labeur dans des endroits toujours plus éloignées et sordides.

Loin des centres villes, ces jeunes filles et jeunes hommes ne seront que plus fragilisée, et ils et elles seront plus exposés au danger d'une agression, puisque loin des regards.

Mais aussi loin des dispensaires et structures d'aides et de soins.

Les premières victimes de cette loi, sont celles que l'on semble vouloir protéger, les putes.

Ces lois finalement soutenues par des associations, qui sont sans doute sincère dans leur démarches,ne servent que la bourgeoisie et la partie la plus réactionnaire du peuple et criminalise d'avantage les plus fragiles.

En réalité plus que protéger les putes, on ne veut plus les voir.

 

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